Publié sur Le National
C’est une idée qui suscite souvent une forme d’euphorie auprès des administrés et quelques grognes au sein de la classe politique. Nous nous comprenons. Néanmoins, la problématique de la « réduction » de la quantité des ministères va bien au-delà du nombre.
D’aucuns préfèrent y relever un faux problème, et comme j’aime à la dire, osons poser les bonnes questions : s’agit-il de réduire le nombre de postes ministériels à pourvoir, ou de jumeler simplement des institutions publiques ? Si les questions se ressemblent, elles postulent pourtant deux objectifs diamétralement opposés à la frontière entre austérité et efficacité.
Pour les besoins de notre analyse, revenons sur notre proposition en 12 ministères remontant à 2018. Visant à la fois optimisation des ressources et efficacité, elle soutient des regroupements couplés à une réorganisation des institutions stratégiques :
[infographie] https://maxglyron.com/wp-content/uploads/2026/08/Proposition-MaxGLyron-12-ministeres.pdf
Avec l’installation de M. Conille comme nouveau premier ministre de la transition en 2024, ce débat refait surface. Si l’on s’en tient aux objectifs d’un tel projet, nous pourrons convenir, sans risque de nous tromper, qu’il s’agit de dégager une perception d’austérité, et éventuellement, de limiter les marges de manœuvre des parties mobilisées dans le processus de transition.
Revenons aux enjeux. S’il l’on souhaite réduire le nombre de postes ministériels disponibles, l’administration publique ne gagnera que fort peu avec 5 ou 6 ministres et cabinets en moins. Mon expérience de l’administration publique haïtienne m’autorise à croire que cette réduction simpliste ne sera que d’un moindre bénéfice pour deux raisons (entre autres) : 1) la grande masse salariale qui relève des directions générales qui n’en seront que peu ou pas affectées ; 2) la complexité pratique de ce type d’organisation qui rendra difficile d’atteindre l’efficacité opérationnelle qui sera nécessaire au regard du mandat de cette transition.
Aussi, le problème, s’il ne sera que superficiellement abordé, reste-il donc entier. Mais, le mérite de la démarche, tel que je l’ai souligné d’ailleurs, réside davantage dans la vision d’efficience, bien au-delà d’une perception d’efficacité immédiate. Cette vision commande une réingénierie de l’organisation-même de l’appareil étatique. Pour soutenir cette vision, nous pourrions envisager entre autres :
- Un ministère de la fonction publique pour réorganiser tous les aspects de l’administration publique dans une perspective de service et d’efficacité, en articulant le mandat de l’OMRH avec les prérogatives politiques de la Primature ;
- Un ministère de l’Écologie, des Ressources Naturelles et de l’Énergie pour s’affranchir du cadre réflexif rigide et embrasser la dynamique environnementale de manière synoptique et intégrée (changements climatiques, transition énergétique, véhicules électriques…) ;
- Un ministère de l’Éducation nationale de la Jeunesse et des Sports, parce que la vision du développement intégral de la société passe par tous les aspects de l’éducation ;
- Un ministère des TIC, de la recherche et de l’innovation qui se verra attribuer entre autres, le mandat révisé de l’actuel CONATEL, pour s’adapter aux nouveaux enjeux du numérique, de la 5G, et autres développements technologiques.
Évidemment, cette réingénierie nécessitera la dotation de compétences, de nouvelles directions spécialisées, une révision du traitement des fonctionnaires, le développement de nouvelles infrastructures, ainsi que l’adoption de pratiques totalement novatrices.
Nous conviendrons que cela commandera une entière révision de l’architecture même de la l’État. Si une telle réforme risque difficilement de se produire pour l’heure, les bases peuvent déjà être mises en place pour le prochain retour à l’ordre constitutionnel, avec toutes les institutions républicaines (le Parlement notamment), fonctionnelles.
Deux décisions stratégiques restent néanmoins possibles.
D’abord, un meilleur encadrement du travail de certaines directions générales autonomes est à envisager. L’enjeu ici est de restaurer l’autorité de contrôle, généralement à travers leurs conseils d’administration présidés par les ministres de tutelle.
Ensuite, il faudrait systématiquement réduire (sinon dissoudre) la multiplicité de Commissions, Agences, Comités interministériels … bref, toutes les structures ad-hoc non pertinentes, rattachées à la Présidence, la Primature, qui affaiblissent les ministères et directions générales.
C’est le point de départ de l’affirmation de l’autorité de l’état et de la restitution de celle de nos institutions.
Max Guybert LYRON
