Ta déclaration (rendue virale) sur la mise sur écoute des « personnes importantes » a perturbé les réseaux comme les débats politiques. Et comme le veut ma méthode, voici 5 considérations qui fondent ma position sur ce sujet.

1) Dangereux momentum pour un débat nécessaire

C’est dommage que cette déclaration arrive maintenant, de toi, potentiel candidat à la présidence. J’aurais nettement préféré que cette idée soit lancée par un citoyen ordinaire. Cela nous aurait évité ce glissement vers l’arène de l’instrumentalisation.

Car j’ai bien écouté qu’il ne s’agissait pas de surveiller toute la population à aveugle (heureusement d’ailleurs), mais bien de cibler les « personnes importantes » (ministres de la Justice, hauts fonctionnaires, chefs de gangs…).

Nous conviendrons qu’en cette période électorale, le contexte empêchera toute analyse sereine de cette distinction pourtant fondamentale.

2) La déclaration est incomplète, le sujet hyper-complexe

L’extrait qui circule ne rend absolument pas justice à la profondeur de la question. Je te sais conscient que ce débat se situe à l’intersection exacte de deux impératifs démocratiques : la sécurité nationale d’un côté, et les libertés individuelles de l’autre. Mais bon, un réel (vidéo courte) de quelques secondes ne saurait résumer un arbitrage institutionnel et légal aussi délicat, au risque de passer totalement à côté de la complexité du problème.


3) Évidemment, ces propos ravivent de vieilles blessures

Nous savons tous les deux que parler de surveillance d’État réveille immédiatement la mémoire traumatique de la dictature et de ses réseaux d’espionnage. Même si le contexte d’effondrement sécuritaire actuel justifie pleinement des mesures de sécurité nationale extraordinaires, la mémoire collective souffre encore.

Je n’en voudrai guère à celles et ceux qui sont encore sidérés par le risque d’abus potentiels (qui existent d’ailleurs), et qui refuseront naturellement d’envisager l’efficacité de l’outil pour démanteler le crime organisé par exemple (nous nous retrouvons sur ce terrain).


4) L’ironie, nous refusons à l’État ce que nous donnons aux GAFA

C’est ici que l’hypocrisie collective devient à la limite ridicule. Une partie de la population crie à la dictature dès qu’un dirigeant haïtien parle d’écoute (même ciblée), mais elle livre gratuitement, chaque jour, la totalité de sa vie privée aux géants (et gouvernements) étrangers. Nous confions déjà nos secrets, nos photos, nos emplacements, nos transactions à Google, ChatGPT, Gemini, WhatsApp, Apple, Alexa, aux algorithmes…

S’agit-il réellement de choisir entre des puissances étrangères qui exploitent nos données les plus sensibles, ou l’État haïtien qui veut écouter des membres de gangs ou des dirigeants suspects ?


5) J’ai fait mon choix

Et c’est une position pragmatique que j’assume entièrement : je suis prêt à « sacrifier » une parcelle de ma liberté personnelle si c’est le prix à payer pour vivre enfin en sécurité. La liberté de circuler, d’entreprendre et de vivre tout simplement, sont littéralement anéantis aujourd’hui par la terreur des gangs. Une liberté théorique de la vie privée ne sert absolument à rien si l’on vit enfermé sous la menace permanente d’une balle perdue.

J’aimerais demander aux indignés, quelle est selon eux la raison d’être des agences de renseignement ? Ce qui parait cool dans les films de la CIA, FBI, KGB ne devrait pas être un scandale lorsqu’il s’agit de notre souveraineté et de la sécurité de notre pays. Il est temps d’ouvrir les yeux sur la réalité du monde contemporain !

Depuis toujours et surtout aujourd’hui, toutes les grandes nations pratiquent la surveillance stratégique pour protéger leurs intérêts fondamentaux, et les ambassades établies sur notre propre sol en sont les premières vitrines; elles qui déploient des technologies de pointe pour intercepter des communications et anticiper les menaces. Cela se sait bien propre.

Il ne s’agit plus de savoir si l’État doit écouter, mais comment doter notre justice des moyens de contrôler ces écoutes pour qu’elles servent la sécurité de tous, et non les intérêts de quelques-uns.

La liberté protège notre dignité, mais c’est la sécurité qui garantit notre existence. Sans la seconde, la première n’est qu’une illusion de plus.

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